Il y a encore deux ans, impossible d’ouvrir un site spé gaming sans tomber sur une annonce de collection NFT rattachée à un jeu. Aujourd’hui ? Silence radio, ou presque. Une des plus grosses conférences mondiales dédiées aux jeux blockchain vient carrément de se tenir sans le moindre stand dédié aux NFT. Un événement qui, il y a 24 mois, mettait ça en vitrine principale. Le symbole est violent.
Et pourtant, la crypto continue d’infuser l’industrie du jeu vidéo. Pas comme prévu, pas au rythme annoncé par les évangélistes de 2022, mais elle infuse. C’est ça qui est intéressant à observer.
Le rêve de la « propriété numérique » est-il déjà fini ?
Rappel rapide pour ceux qui auraient zappé l’épisode : le NFT (jeton non fongible) devait révolutionner le rapport du joueur à ses items. Ton épée légendaire sur un MMO ? Elle t’appartient vraiment, tu peux la revendre, la transférer d’un jeu à l’autre. Sur le papier, franchement, c’était vendeur. Dans la réalité, ça n’a jamais vraiment marché comme prévu.
Les grands studios ont reculé les uns après les autres face au bad buzz. Les joueurs, dans leur immense majorité, ont rejeté le principe. Perçu comme de la spéculation greffée sur un hobby, pas comme une innovation utile. Et honnêtement, difficile de leur donner tort quand les projets se contentaient de vendre des JPEG à 500 balles en promettant des « utilités futures » toujours repoussées.
La crypto s’infiltre autrement dans le gaming
Le truc c’est que pendant que le NFT se prenait un mur, d’autres usages de la blockchain se sont installés plus discrètement. Micro-transactions transfrontalières, systèmes de récompenses tokenisés, plateformes de tournois avec cashprize en crypto. Là, ça bouge vraiment. Des passerelles se sont créées entre le gaming compétitif et l’univers des paiements décentralisés, sur le même principe que ce qu’on voit sur des sites de jeu en ligne comme Brutal Casino qui intègrent la crypto comme mode de dépôt et retrait depuis un moment déjà.
Ce qui a changé, c’est l’angle. On ne vend plus la blockchain aux joueurs. On l’utilise en coulisses, pour fluidifier des trucs qui étaient chiants avant. Et là, personne ne râle, parce que personne ne s’en rend compte. C’est peut-être ça la vraie révolution, en fait : celle qu’on ne voit pas.
Des studios en galère, des promesses en l’air
Le milieu du jeu blockchain n’est pas au beau fixe côté RH non plus. Le studio de Neill Blomkamp (oui, le réalisateur de District 9, qui s’était lancé dans le gaming Web3 avec pas mal d’ambition) fait face à des accusations sérieuses. Des employés qui affirment ne pas avoir été payés depuis octobre 2025. On parle de mois d’arriérés. C’est le genre d’affaire qui fout un coup à tout un écosystème, parce que ça alimente l’image d’un secteur bancal, où les projets démarrent tambour battant et finissent en eau de boudin.
C’est pas une exception. Beaucoup de studios Web3 se sont montés sur des levées de fonds massives en 2021-2022, ont grossi trop vite, et se retrouvent aujourd’hui à courir après un modèle économique qu’ils n’ont jamais trouvé. Les investisseurs ont refermé le robinet. Résultat : des équipes qui trinquent.
Effet de mode ou transformation lente ?
La vraie question, elle est là. Est-ce qu’on assiste à la fin d’une bulle, purement et simplement, ou est-ce qu’on est dans une phase de maturation où le hype meurt pour laisser place à des usages plus solides ?
Perso, je pencherais pour la deuxième option, mais avec des nuances. Les NFT dans leur forme spéculative des années 2021-2022, c’est mort. Personne n’y croit plus, même pas les gens qui en vendent. Par contre, l’idée de traçabilité numérique, de propriété d’items in-game, de portabilité entre plateformes, elle reste intéressante. Elle va probablement revenir. Sous un autre nom, avec une autre esthétique, sans le côté « club de riches » qui a plombé l’image.
Les jeux qui marchent aujourd’hui côté Web3 ne mettent d’ailleurs plus le mot NFT en avant. Ils parlent d’« items on-chain », de « digital assets », de « player-owned economies ». Le vocabulaire a muté parce que le mot NFT est devenu toxique commercialement. Ça en dit long.
Les joueurs, eux, s’en fichent
Il y a un truc qu’on oublie souvent dans les analyses techno : ce que veulent les joueurs. Et clairement, la majorité veut jouer. Point. Pas gérer un portefeuille, pas suivre des cours, pas revendre des skins. Jouer.
Tant que le Web3 gaming ne comprendra pas ça, il restera en marge. Les projets qui commencent à percer sont ceux où la blockchain est invisible pour l’utilisateur final. Où tu joues normalement, et où les trucs crypto se passent en arrière-plan si tu veux, ou pas du tout si tu t’en fous.
Et maintenant ?
Le secteur est à un moment charnière. Les acteurs qui vont survivre sont ceux qui auront compris que la techno doit servir le jeu, pas l’inverse. Ceux qui continuent à sortir des « experiences » vaguement ludiques pour justifier une collection de NFT vont crever. Assez vite, à mon avis.
Reste à voir ce qui va émerger des ruines. Parce qu’il y a des ruines, hein. Faut pas se mentir.